La mode et l’inclusivité des tailles

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Nous avons récemment fait une séance photo avec notre bonne amie Sabrina Constans du blog Bina’s Closet, où nous avons discuté d’achat seconde-main, de inclusive sizing, et des difficultés que beaucoup de personnes ont à magasiner et à naviguer les tailles de nos jours. Lorsque nous lui avons demandé pourquoi elle a débuté le blog, Sabrina men- tionne qu’elle écrivait vraiment pour elle-même. « J’ai commencé (le blog) en 2008 pour documenter mes tenues. J’avais tellement de vêtements et je voulais être certaine de tous les utiliser et de n’en oublier aucun. Je voulais expérimenter avec mes vêtements et trouver des moyens de réutiliser les mêmes morceaux sans répéter les mêmes tenues. » Elle est une grande adepte des friperies et adore les morceaux vintage, particulièrement ceux d’avant les années 60. « L’époque où ils ont inventé les tissus extensibles fonctionne vraiment bien pour moi. Les coupes me font bien et ont juste la bonne quantité de flexibilité. »

C’est curieux de voir comment les coupes, les corps et la vision du corps de la femme ont évolué au court du temps. Il ne faut pas un diplôme en histoire de l’art ou en mode pour savoir que le corps « idéal » n’est pas le même aujourd’hui qu’il l’était dans les dernières décennies. Bien que les statistiques démontrent que nous avons collectivement pris du poids dans les dernières années, un petit tour sur Instagram pourrait nous laisser croire le contraire. La tendance n’est plus à la minceur extrême, mais au « bien-être ». Avoir un corps fort, bien manger, faire des squats et avoir un #thiccbooty sont des classiques du #wellness. Bien qu’il est important d’avoir une alimentation saine et de bouger, les idéaux corporels que ces tendances promeuvent sont loin d’être la normale. Par chance, d’autres mouvements émergent aussi comme le mouvement de body positivity, qui prend de plus en plus de place sur les médias sociaux. Sa prémisse est simple; aimer son corps peu importe notre taille. On encourage les femmes (et tout le monde) à accepter son corps tel qu’il est, mais quand il vient temps de s’habiller, les designers et détaillants tardent parfois à emboîter le pas.

Il existe plusieurs problèmes avec l’offre actuelle de vêtements en passant du manque flagrant de standardisation dans les tailles jusqu’à la définition de la taille « standard ». Nous avons tous essayé des pantalons dans différents magasins pour se rendre compte que nous sommes de taille 8 dans un et de taille 10 dans l’autre. C’est probablement ce qui a contribué à rendre viral sur Facebook la publication d’une jeune femme qui achète la même paire de jeans, au même magasin et dans la même grandeur depuis des années. Résultat: Son éternel jean taille 9 est maintenant devenu une taille 13 et sur la photo accompagnant la publication, on voit bien que les 13 sont même plus petits que les 9 d’origine. Le problème ne réside pas seulement dans l’estime blessé des clientes, car on ne devrait pas s’arrêter à la taille de notre pantalon pour savoir si on est bien dans notre peau ou pas. Le problème réside surtout dans le fait qu’en réduisant la taille 13, on limite l’accès à la marque car la plupart des magasins non spécialisés ne tiennent pas de tailles au-dessus de 14. Au contraire, certaines marques font plutôt preuve de vanity sizing où on augmente la grandeur des tailles sans en changer l’étiquette pour flatter l’égo de la clientèle. Ça fait des années que la conversation de la standardisation des tailles existe, mais aucune association de protection du consommateur ne semble la revendiquer.

« Quand j’ai commencé le blog, j’avais l’impression que mon type de corps n’était pas représenté en ligne. » nous raconte Sabrina. « Il y avait quelques personnes plus grosses que moi, des tonnes plus petites, mais personne vraiment dans le milieu. J’ai des petites épaules et une petite taille, avec des bonnes hanches et une poitrine qui requiert des soutien-gorge de magasins spécialisés. À 5’0" et une taille 12, je ne peux pas trouver de robe où les manches ne sont pas trop longues. »

Bien que les compagnies ne soient pas tenues de s’y tenir, il existe un tableau des tailles standards du vêtement féminin, émis par l’Office des normes générales du Canada. Le seul petit hic c’est que ce dernier est basé sur des mesures de femmes américaines blanches prises en 1941. Avant ça, la plupart des vêtements étaient faits sur mesure, alors pas besoin de se casser la tête. Aujourd’hui, la plupart des tailles simples sont faites à partir d’un modèle de taille 6 et les mesures sont ajustées à la baisse ou à la hausse pour créer les tailles de 0 à 12. Sans surprise, la plupart des femmes de taille 12 ne me- surent pas 6 pieds, pourtant les maths utilisées pour la conception de patrons fait en sorte que les vêtements sont trop longs pour une bonne partie des femmes. Quand on passe du côté du plus size, qui est un terme étrange puisque l’américaine moyenne est maintenant une taille 16, le patron doit être redessiné à partir d’un modèle plus size. Re-créer des patrons qui sont inclusifs coûte plus d’argent, c’est pourquoi plusieurs petites marques s’en tiennent à une ligne « standard ». Cependant, il n’y a pas d’excuses pour les marques qui ont le budget pour développer une échelle de taille inclusive, mais qui décident de ne pas le faire.

Alors, qu’est-ce qu’on peut faire? Quelques marques sont apparues en ligne et vous donne l’option de payer un frais additionnel pour un morceau fait avec vos mesures. Une très bonne idée en théorie, mais qui en pratique a quelques problèmes nous ex- plique Sabrina. « Je l’ai fait une fois avec un détaillant en ligne. C’était 9.99$ par morceau pour utiliser mes mesures au lieu de leurs tailles. Je paierais plus que ça, mais le morceau standard me faisait mieux que le sur-mesure. J’ai présumé que c’était parce que j’avais mal pris mes mesures ou que c’était bâclé. » Maintenant elle fait ajuster ces vêtements. « Ma mère est une excellente couturière, alors je peux trouver des morceaux qui font aux hanches et au buste et faire ajuster la taille et la longueur plus tard. La seule chose que je ne peux pas ajuster c’est la largeur des trous pour les bras, ce qui peut être un problème. Je vais dépenser un peu plus sur le bon morceau de vêtement et ça ne me dérange pas de le faire ajuster. Je ne jette pas beaucoup de vêtements et j’essaie d’être attentive dans mes achats. » Étant des partisanes de la Slowfashion, c’est une façon de vivre derrière laquelle nous pouvons nous ranger. « Ma taille fluctue en ce moment, alors j’investie un peu plus dans le one size ou les styles plus carrés. Je sais que si ma taille change, ils m’iront toujours bien. » Il semble que nous sommes plusieurs à faire de même, pas seulement pour les fluctuations de tailles, mais aussi pour le confort.

En somme, la création de tailles inclusives requiert un développement plus réfléchi qu’une règle de 3 pour agrandir les proportions, ce qui ouvre une porte pour de plus petits, designers locaux. Avec un modèle d’affaire qui permet aux designers d’être en contact direct avec ses clients, ces derniers peuvent créer des morceaux qui sont adaptés à leurs mesures spécifiques. La plupart des designers sont très ouvert à l’idée de faire du sur mesure, même si ce n’est pas publicisé sur leur site; il suffit de le demander. C’est aussi par souci de trouver des vêtements bien faits, durables et qui supportent l’éco- nomique locale, que de plus en plus de personnes de toute taille se tourne vers de plus petits designers pour agrandir leur garde-robe. La slowfashion et le inclusive sizing par- tagent plusieurs valeurs qui rendraient leur association mutuellement bénéfique. Qui sait, peut-être que le futur du inclusive sizing passe par la slowfashion?


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Bienseance SENC